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Le site des membres de Koumbit

L'ouverture des processus comme militantisme : l'expérience de koumbit

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Cet article est issu de l'étude réalisée sur Koumbit de septembre 2005 à 2006 par Anne Goldenberg. Il décrit d'une part la façon dont les travailleurs ont d'abord défini puis problématisé et organisé ce qu'était le travail pour le collectif. Dans un second temps, il présente rapidement l'usage et le développement de logiciels libres au service du milieu communautaire.
L'article sera prochainement publié dans la revue Terminal, dans un numéro portant sur Activisme et Technologies. Vous êtes invités à réagir afin que je fasses les ajustements nécessaires avant la publication de l'article. Merci de votre attention,

Introduction

Contexte de la recherche

Cet article présente la façon dont un collectif de travailleurs en logiciel libre politise les services en informatique d'une part et la gestion organisationnelle d'autre part, notamment en maintenant ouverts et participatifs les processus qui y sont associés. Koumbit est un organisme sans but lucratif, basé à Montréal, qui est né pour assurer un service technologique fiable et accessible aux organismes militants et associatifs, mais aussi pour donner un emploi à des travailleurs en informatique. Dès la fondation de Koumbit, les travailleurs se sont investis dans la construction, l'amélioration, la gestion et la documentation d'une structure organisationnelle participative et non hiérarchique. Depuis l'une des premières réunions, un wiki public (site Web entièrement éditable par ses utilisateurs) est utilisé par les travailleurs pour consigner les procès verbaux, documenter les avancées techniques, comptables et organisationnelles. Si d'autres outils sont venus le suppléer, le wiki constitue une archive d'une grande richesse pour la mémoire du collectif ainsi que pour l'oeil de l'observateur. Les analyses développées ici s'appuient sur la lecture des pages du wiki, sur dix mois d'observation non participante des réunions de travail et de l'activité médiatisée par ordinateur des travailleurs (de septembre 2005 à juin 2006) et finalement sur des entretiens semi-dirigés réalisés en avril 2006 avec huit membres travailleurs. A partir de septembre 2006, je commençais une phase de recherche-action, en m'impliquant auprès de la vie associative du collectif.
L'ensemble de ces travaux de recherche a été coordonné par le Laboratoire de Communication Médiatisée par Ordinateur (LabCMO), de l'Université du Québec à Montréal. Nous cherchions à analyser comment un groupe organisé selon un modèle ouvert et participatif, qui garde lisible les processus conduisant à ses réalisations et à son organisation, parvient à survivre et évoluer. En particulier, nous cherchions à comprendre ce qui maintient la cohérence du projet et en quoi il s'agit d'un militantisme. Nous verrons ici comment et pourquoi le modèle présenté tend à maintenir ouvert et à distribuer les possibilités d'intervention sur les processus.

La notion de processus

De façon générique, on peut définir la notion de processus comme une suite d'états ou de phases d'une opération ou d'une transformation qui permet de (re)constituer une méthode de travail. Hans Brandenburg et Jean-Pierre Wojtyna (2006), définissent les processus organisationnels comme « les activités qu’une entreprise doit mettre en œuvre pour transformer la demande de ses clients en produits ou prestations qui satisfont cette demande. [Un processus est] caractérisé par une suite d’opérations qui apportent une valeur ajoutée aux entrées en les transformant en sorties. » Dans l'entreprise, un gestionnaire ou manager décide de l'amélioration des processus (Gillot, 2007), mais il arrive souvent que ces choix soient orientés par des normes plus globales. Ainsi, l'organisation internationale de normalisation (ou ISO1) établi des normes qui visent notamment à rentabiliser les activités et satisfaire les clients, « la normalisation internationale étant [elle-même] mue par le marché »2. Dans ce contexte, on peut se demander dans quelle mesure une entreprise contrôle-t-elle son propre fonctionnement. Des approches plus décentralisée de la gestion organisationnelle ont été initiés depuis les années 1990, pour des motifs productivistes notamment (on pense au Nouvel Esprit du Capitalisme décrit par Boltanski et Chiapello, 1991). Les praticiens du Forum Ouvert (Owen, 1997) proposent quand à eux une approche radicalement participative et non hiérarchique, en organisant des sessions où les participants créent et gèrent eux-mêmes un ordre du jour portant sur les choix à venir dans leur organisation. Dans des sphères plus activistes, on voit des groupes s'inspirer des principes de l' Économie Participative (Albert et Hanel, 1991) en favorisant la participation des personnes affectées par les activités et décisions d'une organisation. En informatique, un processus est défini par un ensemble d'instructions à exécuter (un programme) qui nécessite un espace mémoire pour les données de travail. Comme en gestion, des approches sont apparues ouvrant les processus à l'intervention des acteurs concernés. Depuis les années 80, les praticiens du logiciel libre militent (Stallman, 2002) en faveur du maintien des possibilités de lecture et d'intervention sur les programmes pour des raisons tant scientifiques (construction publique des connaissances techniques) qu'éthiques ou politiques (possession publique des outils de travail et de leur fonctionnement) (Stallman, 2002). Dans cet univers, selon Barbrook (1998) citant Lang, « les gens travaillent ensemble avec succès grâce à un processus social ouvert incluant évaluation, comparaison et collaboration ». Il est intéressant d'observer que les acteurs du libre s'inspirent aussi du Forum Ouvert ou de principes similaires (Bar Camp) pour travailler et innover3. Inspiré ou familier de ces différents modèles ouverts et participatifs (Forum Ouvert et Économie Participative, Bar Camp, Logiciel libre), Koumbit se présente comme une expérience singulière d'exploration de l'ouverture de ses processus.
Notre hypothèse est que cette ouverture favorise une politisation des choix techniques et organisationnelles en incitant les personnes à s'investir dans ce qui les concernent. Nous verrons que si cette volonté d'ouverture vise aussi une participation plus active, la pertinence des contributions n'en est pas moins négociée. Par ouverture, nous faisons d'une part référence à la lisibilité (du code, du programme, des décisions), mais aussi aux possibilités d'intervention accordées aux personnes concernées. En ce sens, cette approche s'oppose à une conception de l'expertise rendant les choix inaccessibles, illisibles, ou non négociables. Après avoir dans un premier temps, présenté les origines de Koumbit et sa mission, nous exposerons dans un deuxième temps les principaux défis gestionnaires et politiques du projet de l'organisme. Dans un troisième temps, nous analyserons les implications techniques et politiques du modèle participatif proposé par le développement de logiciel libre, pour nous interroger finalement sur la notion de contribution par rapport à celle de don.

Koumbit : un collectif de travailleurs du libre

Koumbit est né en 2004 de la volonté de travailleurs autonomes des technologies numériques de se créer une structure de travail autogérée et de fournir des services aux groupes communautaires. Cette double mission a amené le collectif à expérimenter très tôt une certaine tension entre une aspiration autogestionnaire et un besoin de rentabilité, certains travailleurs ayant en effet laissé toute autre source de revenu pour se consacrer à Koumbit. Ceux qui allaient fonder Koumbit s'étaient rencontrés en 2001 autour de la fondation du Centre des Média Alternatifs du Québec (CMAQ, équivalant de Indymédia pour le Québec) qui devait permettre aux manifestants du contre sommet des Amériques de diffuser une information alternative. Comme l'a mis en lumière Kate Milberry (2003) dans son étude du réseau alternatif Indymédia, la pratique de l'open publishing (publication ouverte) venait localement et globalement révolutionner l'usage des médias, suscitant l'émergence d'un militantisme médiatisé, soucieux et critique de la configuration technique des espaces de publications. Ceux qui mirent en place le CMAQ étaient en effet des militants engagés dans des luttes locales et globales, qui avait déjà développé une sensibilité aux enjeux politiques inscrits dans le design des technologies de communication. Les membres qui fondèrent Koumbit étaient des étudiants, des travailleurs autonomes en informatique, et quelques employés de compagnies locales. Après plusieurs négociations, le site Web du CMAQ fut réalisé avec un système de gestion de contenus libre (Drupal), ajustable selon les besoins linguistiques (trilinguisme) et politiques (gestion des publications) de ses usagers. Fortement popularisé dans les milieux activistes et politiques d'Amérique du Nord, Drupal est devenu l'outil de prédilection du groupe pour l'installation de sites Web gérables par leurs usagers. Le souci de sécuriser l'hébergement du CMAQ et puis rapidement celui d'autres sites Web alternatifs, amenèrent plusieurs bénévoles à vouloir consolider leurs activités. C'est ainsi que les informaticiens militants se sont réunis pour inventer une structure qui leur assurerait un moyen de survie en même temps qu'une infrastructure officielle pour héberger les sites des groupes militants et communautaires. Début 2004, les bénévoles s'accordèrent sur le nom de « Koumbit », en référence aux « Coumbites » ou « Konbites » qui, en créole haïtien, désignent le regroupement solidaire de travailleurs pour la mise à bien de travaux utiles à leurs communautés.

De l'organique à l'organisation: justesse et justice au défi

«Il faut que les décisions humaines deviennent des décisions organisationnelles »
( Mb17. Juin 2006)

Une définition politique du travail

Le collectif se réunit chaque été ou automne en Week-end de réflexion afin de faire le bilan et de réfléchir aux objectifs à donner à la prochaine année. J'ai commencé mon observation aux alentours d'un week-end de réflexion en septembre 2006. Un sympathisant invité y est intervenu pour demander ce qu'était le travail pour Koumbit. La question n'a pas trouvé de réponse concise, si ce n'est un renvoi à la mission générale du collectif. La façon dont les membres allaient définir la nature et la répartition du travail est alors devenue pour moi un fil rouge d'observation. Lors des entretiens que je passais avec des travailleurs en avril 2006, les définitions du travail étaient d'ordre assez conceptuelles. Une première série d'arguments consistait à mettre de l'avant le caractère « organique » du travail (entendre par là, qui émerge naturellement). « Personne ne m'a engagé chez Koumbit donc personne ne m'a donné de la job (...) Y a un manque clair de définition des tâches. Ces choses là arrivent de façon très organique » (Mb2. Avril 2006) ou encore à légitimer toute activité : « Le travail (...) c'est une force appliquée sur du temps. C'est tout effort fait dans Koumbit » (Mb2 ; Avril 2006). Une seconde série d'arguments consistait à définir le travail par son utilité sociale et personnelle. « La signification du travail, je pense que c'est être utile pour les gens, que c'est être en accord avec mes valeurs et pouvoir en parler à mes amis sans en avoir honte. Le travail m'appartient. C'est le fruit du temps que j'ai mis à le faire. Ça donne beaucoup de puissance, pas de contrôle, mais de puissance au travail. (...) Ce désir d'être en puissance de son travail, allié avec un souci de partage, voilà ce qui me satisfait moi. » (Mb 14 . Avril 2006). La pleine possession des outils de travail ainsi que l'intérêt social des services prodigués ont été souvent présentés comme des valeurs politiques donnant sens à l'implication dans le collectif. Une troisième valeur mise en avant par les travailleurs est le fait de documenter le processus d'organisation du travail : cela constituerait un support de réflexion et de germination essentiel au groupe mais aussi potentiellement pour ses sympathisants, ou d'autres groupes intéressés à tenter une initiative semblable. Ce souci de consigner l'expérience à des fins d'évolution me faisait penser à la conception du travail chez Proudhon (1858, p.69), pour qui : « L'idée, avec ses catégories naît de l'action et doit revenir à l'action (...) Cela signifie que toute connaissance est sortie du travail et doit servir d'instrument au travail. » La maîtrise du sens du travail et des outils développés, ainsi que le souci d'intérêt social, donnent alors tous son sens au besoin de constituer une documentation publique. Bien qu'influencé en son fondement par des théories et principes organisationnels (comme l' Economie participative­), c'est d'avantage par l'expérimentation empirique que le groupe allait peu à peu définir son activité. La primauté de l'action sur la théorie amenait le groupe à documenter chaque réalisation ou expérimentation à des fins de conceptualisation potentielle. Si la programmation informatique se prête bien à cette pratique, l'organisation du collectif allait se faire selon cette même logique de documentation continuelle.

Le besoin d'une définition pragmatique du travail

D'abord orienté vers le développement de sites web dynamiques et l'hébergement autogéré, Koumbit rénumerait principalement des travailleurs compétents en développement et implémentation de sites web. Plusieurs travailleurs considéraient alors le collectif comme un regroupement de travailleurs autonomes, rétribués en fonction de leurs prestations aux usagers-clients. Mais alors que d'une part, les avantages de la mutualisation furent mis de l'avant, la rétribution des tâches non lucratives (maintien des serveurs, comptabilité, secréatariat), ainsi que les modalités de participation et de distribution des richesses, commencèrent d'être problématisés. En observant le groupe en réunion, j'ai peu à peu compris que ce qui constituait un travail n'était pas « tout effort fait dans Koumbit » (Mb2 ; Avril 2006), mais tout effort reconnu, faisant sens, jugé utile par Koumbit. Un des défis étant alors de passer d'une définition a posteriori de l'utilité à une définition (ou du moins une orientation) a priori, pour éviter le tâtonnement, la perte de temps. Ne disposant pas de local de travail jusqu'en 2006, les travailleurs de Koumbit se réunissaient chaque semaine en réunion de coordination pour faire le point sur l'avancée des activités. De nombreux outils de communication médiatisée par ordinateur (courriel, canaux irc, wiki, calendrier...) permettaient aux travailleurs de se coordonner voir de collaborer au quotidien dans leurs différentes activités. Le canal irc en particulier (clavardage de groupe) permettait aux membres de maintenir une sociabilité de travail tout au long de la journée. Les réunions hebdomadaires, qui se tenaient dans divers lieux publics constituaient des moments intenses d'échange et de mise à jour, se terminant souvent par une sortie festive dans un bar à proximité. Une fois par mois, la réunion de coordination laissait place à une réunion de réflexion dédiée à la révision des objectifs annuels et aux discussions plus générales sur la vie de l'association. C'est lors de ces réunions hebdomadaires que se prenaient les principales décisions touchant l'activité et les orientations de l'organisation. Trois difficultés majeures marquaient cette première organisation.

  1. Un problème d'inertie et de concentration des activitést
  2. Jusque juin 2006, les travailleurs travaillaient par mandat. Chaque mandat était attribué dans un aller-retour de propositions individuelles, d'approbation ou de refus autour de la table hebdomadaire des réunions. Les mandats reflétaient ainsi surtout des intérêts individuels accrédités par la table de coordination. Au quotidien, cette accréditation du travail faisait reposer un poids sur les individus, qui selon leur degré d'expérience professionnelle, technique et organisationnelle, n'avaient pas tous la même capacité à proposer et initier de nouvelles tâches. Les acteurs ayant le savoir technique le plus avancé (administeurs système, programmeurs) parvennaient plus facilement à se faire mandater, mais aussi parfois à court-circuiter le processus de mandatage par le collectif en prenant des initiatives individuelles présentées au collectif une fois réalisées. D'autres travailleurs se trouvaient ainsi placés dans une posture latérale soit en attente de légitimation pour une activité, soit en espérant qu'une tâche soit dégagée ou définie pour eux par un membre plus impliqué. Ce mécanisme volontariste avait pour conséquence de créer une certaine inertie parmi les nouveaux membres et une surcharge d'activité chez les plus anciens.

  3. Un problème de désignation des activités
  4. Au printemps 2006, l'appartenance au collectif tendait à se faire omniprésente pour les travailleurs les plus investis: « Il y a du travail partout où (...) deux membres de Koumbit se rencontrent » (Mb 16 .Mars 2006). Dès ses débuts, le collectif a utilisé le TimeTracker, un outil développé par un des travailleurs dans une expérience de travail externe, permettant aux membres d'inscrire le nom d'une tâche et le temps passé à sa réalisation. La désignation des activités se faisait ainsi sur un mode émergent et décentralisé, ce qui est une pratique courante chez les praticiens du tagging (balises sémantiques ou lexicales permettant aux utilisateurs d'indéxer les contenus selon les mot-clé de leur choix). Mais ce mode de classification donnait une image confuse des réalisations du groupe, notamment parce que l'outil n'incitait pas à l'établissement d'un lexique commun. Ce flou dans la classification des tâches affectait la lisibilité externe de l'activité du collectif (d'où la question du membre sympathisant, “c'est quoi le travail chez Koumbit”) ainsi que les possibilités d'intervention pour les nouveaux membres.

  5. Un problème de rétribution des tâches non rentables

Dans un contexte d'insuffisence de moyens et d'opportunité de travail pour tous, un sentiment d'injustice commençait à poindre autour de la distribution et de la rétribution des contrats. En effet, la majorité des revenus étant issue des contrats de développement web, les tâches internes (comptabilité, secrétariat...) semblaient subalternes et avaient tendance à être non seulement moins bien définies mais aussi moins bien rémunérées. Seuls les membres acceptant de travailler à moindre frais ou bénévolement s'acquittaient de ces tâches. Il fallait rapidement trouver un moyen de rationaliser les besoins du groupe pour orienter l'engagement des membres et renforcer des activités nécessaires à la survie du groupe, notamment en définissant mieux les besoins collectifs, plutôt que les intérêts individuels. L'attribution des mandats se faisaient enfin selon des critères controversés comme la confiance acquise avec l'ancienneté (qui éloignait un peu trop systématiquement les nouvelles têtes) les expériences préalables ou les qualifications scolaires (jugées illégitimes par plusieurs travailleurs autodidactes et reconnus comme compétents).

Création d'un « jeu » de rôles

Le projet d'autosuffisance et d'autogestion du groupe venait peu à peu mettre en perspective l'importance d'une pluralité d'activités liées à l'organisation du travail, sa planification et son outillage. Au courant du mois de mai 2006, le groupe a opté pour se donner une définition et une catégorisation du travail, en tâches, regroupées en rôles, avec l'allocation d'un budget pour chacun des rôles. Le choix de rôle plutôt que de spécialité fut directement inspiré des principes de l'Économie Participative (ParEcon) théorisée au début des années 1990 par le professeur d’économie de l’Université de Washington Robin Hahnel, et l'activiste américain Michael Albert (Albert et Hanel 1991, Albert 2003). Entre autre, l'Économie Participative propose aussi une organisation du travail qui prévoit des postes non hiérarchiques et le plus possible interchangeables. Les travailleurs sont organisés en conseils où chacun possède un ensemble de tâches équilibrées (Balanced Job Complex) entre la pénibilité et le pouvoir (empowerment) qu'elles procurent. Deuxièmement, cette théorie stipule que chacun reçoit le même salaire relativement à l'effort et aux heures travaillées. En s'appuyant sur ces principes, les travailleurs de Koumbit misèrent sur la mise en place de rôles pour faciliter une rotation de leurs positions et augmenter le spectre de leurs savoir faire. Un rôle fut défini comme un ensemble de tâches (unités indivisibles et interchangeables), faisant sens en soi et correspondant à des spécialisations reconnues (métier, formations, etc). Un atelier de réflexion a permis de définir en plus des les rôles de comptabilité, de coordination (entre les différentes activités et les différents travailleurs), et d'administration des systèmes (principalement des serveurs), ceux de communication publique (gestion de l'information publique), de secrétariat (gestion d'information internes), de gestion des ressources humaines (embauche, relation entre travailleurs), de vente, de développement Web (installation de sites dynamiques et développement de modules pour les logiciels utilisés) et de design graphique. Cette catégorisation allait permettre de répartir le budget selon des besoins collectivement définis. Les travailleurs étaient libres de s'investir, dans le cadre du temps et du budget imparti, dans un ou plusieurs rôles. En cas de rôle trop ou sous désiré, le coordinateur négocierait avec le comité de travail la répartition des besoins et des offres. L'évaluation de l'équilibre de la répartition des tâches (Balances Job Complexe) fut expérimenté lors d'un atelier. Chaque rôle avait été divisé en tâches (les papiers de couleur visibles sur la gauche) dont les membres concernés évaluaient la pénibilité et le pouvoir procuré par sa réalisation, ainsi que sa transferabilité aux autres membres (Illustration 1).

Cet atelier exploratoire a notemment permis de conscientiser les travailleurs sur les diffénences de perception des tâches et sur le problème de la faible transférabilité de certaines tâches jugées trop spécialisées. Il fut également établi de rétribuer équitablement les travailleurs, en créant un fond de participation permettant de payer au même taux horaire les rôles rentables (développement web, design) et les rôles à perte (comptabilité, secrétariat). L'établissement de rôles allait permettre de résoudre le problème de classification des activités dont souffrait Koumbit, et le fond de participation le problème de rétribution. Concernant le problème d'inertie et de concentration des activités, une première étape fut de dresser une liste hiérarchisée des critères de distribution des contrats permettant de rationnaliser le partage du travail (compétence, fiabilité, statut, implication, disponibilité, travail déjà fourni, affinité et revenus externes, préférences des travailleurs concernés). Mais Koumbit devait également faire face à la croissance du nombre de ses travailleurs qui venait de plus en plus alourdir les prises de décisions à la table de réunion hebdomadaire. La structure même du collectif devait être repensée.

Une participation par comité

En septembre 2005, l'organisation du collectif était relativement simple. Comme le montre l'illustration ci-dessous, le comité de travail, rassemblant toutes les personnes offrant du temps de travail pour Koumbit, constituait l'entité décisionnelle centrale et se réunissait chaque semaine. Le Conseil d'Administration représentait surtout une formalité administrative et les membres (tous sympathisants adhérant aux principes fondateurs de Koumbit) n'avaient qu'un rôle mineur de participation à l'Assemblée Générale Annuelle.

En novembre 2006, une opportunité allait profondément modifier les méthodes de travail de Koumbit. Pour la première fois, les travailleurs et travailleuses de Koumbit pourraient se réunir dans un espace commun désormais bien physique en partageant quatre jours par semaine les salons d'un membre sympathisant avec d'autres travailleurs autonomes et organisations. Cet arrangement entre organismes et particuliers pour partager ressources et espaces est un phénomène qui se développe de plus en plus parmi les travailleurs utilisant les technologies informatiques et internet. Venu des états-unis, le « co-working » regroupe des travailleurs autonomes, membres de start-up ou de petits organismes n'ayant pas de bureau propre, dans un espace de travail chez un particulier qui offre généralement sa connexion sans fil, son salon ou sa terrasse. Ce premier bureau physique (l'organisme a depuis ses propres locaux) allait permettre à Koumbit de se rencontrer plus d'une fois par semaine et de banaliser la réunion des membres. Ils pourraient désormais travailler ensemble, et non plus seulement se réunir pour se coordonner et débattre des affaires communes. Alors que tous les travailleurs ne s'impliquaient pas avec la même intensité, plusieurs soulignaient le besoin d'adapter l'organisme à ces différences. Un comité à la vie associative (dont je faisais alors partie) fut ainsi mis en place pour réfléchir à la responsabilisation, la motivation et la rétribution des travailleurs. Le comité se chargea de réaliser un questionnaire en ligne, et procéda au recensement des disputes relatives à ces trois questions en parcourant sur le wiki les procès verbaux des réunions. Les résultats furent discutés en réunion de réflexion et il fut proposé de refondre le comité de travail (alors constitué d'une petite quinzaine de membres) en différents comités afin de distribuer les responsabilités. Un atelier permis aux membres de définir six sous-comités, avec chacun un ensemble de devoirs et une antenne représentative auprès du comité de travail (toujours constituant) et du conseil d'administration. Désormais, le comité de travail allait se rencontrer de façon mensuelle pour des réunions de réflexion. À ce jour, les travailleurs se rencontrent tous les lundis pour se donner une vision commune des différents projets, et pendant la semaine, par comité, pour travailler sur leurs projets respectifs. La plupart des travailleurs participent à plusieurs comités, ce qui implique une coordination générale de l'agenda.

Peu après ce remaniement, le comité de travail décida de salarier les travailleurs les plus impliqués. Ceux-ci allaient pour la première fois être rémunérés pour un nombre régulier d'heures de travail. Cette différence de statut n'affectera pas le jeu de rôles définis par l'organisation, les travailleurs salariés étant mandatés à s'impliquer dans les mêmes comités, selon les mêmes principes de rotation et d'équilibrage des tâches. Le reste des travailleurs reste rémunéré comme auparavant, selon les mandats validés par le collectif. La table de validation est cependant beaucoup plus décentralisée, seules les grandes lignes (décisions, difficultés, avancées) sont rapportées en réunion de réflexion mensuelle. L'usage d'un wiki ouvert à la lecture permet au groupe de suivre l'avancement des divers comités. Nous allons maintenant analyser en quoi l'ouverture sur l'organisation en train de se construire est considérée comme d'intérêt public au même titre que l'écriture de logiciels libres.

Logiciels libres et hébergement Web en milieu associatif

Depuis 2004, Koumbit s'est peu à peu établi comme un des principaux organismes d'hébergement et de développement de sites dynamiques et participatifs pour le milieu militant et associatif de Montréal. La majorité des services développés par Koumbit est réalisée avec des logiciels libres et les réalisations sont placées sous licence libre. N'ayant pas à acheter une licence d'utilisation, les bénéficiaires paient alors surtout les services d'installation, de développements spécifiques, d'hébergement, de maintenance ou de formation. Pour Koumbit, être auto-suffisant financièrement dans ce domaine relève du défi. En effet, Gurstein et Dienes (1998) ont montré que ces services aux groupes associatifs suffisent rarement à financer les organismes technologiques qui s'appuient alors sur des subventions publiques. Ce cas de figure a souvent pour effet de « bureaucratiser » l'activité des organismes: des membres sont employés spécifiquement pour remplir les demandes de financement. Proulx et Lecomte (2005, p: 32) notent que cela a aussi pour résultat de fragiliser les organismes qui emploient des gens sur des ressources instables. Une grosse partie des travailleurs du libre oeuvrent ainsi bénévolement, allant chercher ailleurs leurs moyens de subsistance. Rétribuer justement les travailleurs de Koumbit, tout en continuant de servir principalement le milieu associatif, est devenu un leitmotiv d'envergure. Pourquoi et comment travailler avec des logiciels libres constitue-t-il un modèle de production viable ?

La création de dispositifs ouverts : une politisation de la technique

«J'appelle dispositif tout ce qui a, d'une manière ou d'une autre, la capacité de capturer, d'orienter, de déterminer, d'intercepter, de modeler, de contrôler et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. »
Agamben, 2007

Plusieurs auteurs s'entendent pour dire que la lisibilité et la possibilité d'aménager des dispositifs techniques est gage de maîtrise de leur action sur le monde. (Blondeau, 2004; Feenberg, 2004). En 1950, alors que la fin de la guerre marquait la montée d'une technophobie chez de nombreux intellectuels, le jeune philosophe Gilbert Simondon insistait sur l'importance de l'ouverture des mécanismes. « Une machine purement automatique, complètement fermée sur elle-même dans un fonctionnement prédéterminé, ne pourrait donner que des résultats sommaires. La machine qui est douée d’une haute technicité est une machine ouverte, et l’ensemble des machines ouvertes suppose l’homme comme organisateur permanent, comme l’interprète vivant des machines les unes par rapports aux autres». (Simondon, 2001, p:11) Pour ce philosophe, c'est en maintenant l'ouverture sur les mécanismes que la signification sociale et culturelle des technologies peut être la mieux comprise. Des chercheurs qui ont travaillé sur la culture du libre (Blondeau, 2004; Auray, 2002) se sont appuyés sur cette vision de la technique pour décrire la culture Hacker. Cette culture devient un militantisme lorsqu'elle se bat contre la façon de faire dominante non plus seulement pour des raisons d'efficience mais pour des raisons éthiques. Dans un contexte de fermeture et de privatisation des technologies, les pratiques développées par les développeurs de logiciel libre constitueraient une forme de militantisme technique, un militantisme du code (Proulx, 2006). Contrairement aux logiciels propriétaires où seule l'interface est accessible, les logiciels libres sont distribués avec leur code source (écrit dans un langage de programmation lisible par l'être humain) et avec l’autorisation de les modifier et de les redistribuer librement (Demazière, Jullien, Horn, 2004). A l'opposée d'une approche consumériste et passive, les « libristes » opéreraient une politisation des dispositifs. Dans ce modèle d'action, ce qui oriente, détermine, intercepte, modèle, contrôle les gestes, conduites, opinions et discours des usagers (Agemben, 2007) peut être compris et modifié.

Le logiciel libre comme innovation située et continuelle

« Le logiciel libre, [c'est l'idée] qu'un logiciel c'est jamais fini, que ça continue à innover. »
( Mb 16 ; avril 2006)

En parallèle au discours militant portant sur l'accès aux « biens communs » (Aigrain, 2005) que constituent les logiciels libres, les développeurs mettent de l'avant des raisons pratiques pour justifier l'usage de ce type de logiciel. Ainsi, pour les développeurs de logiciels libres, il faut que les plans des technologies soient ouverts, non seulement au moment de leur production, mais surtout tout au long de leur usages sociaux, car c'est à l'usage que les contraintes, défauts, limites et possibilités apparaissent. Les licences libres permettent donc aux membres de Koumbit de tester, comparer, critiquer et modifier leurs outils de travail. Ces modifications, lorsqu'elles sont proposées et acceptées par la communauté de développeurs, participent de la reconnaissance du groupe. Ainsi, des membres travailleurs de Koumbit se trouvent être aussi des contributeurs actifs dans le développement du logiciel d’hébergement AlternC, du gestionnaire de contenu Drupal, ou encore du logiciel de comptabilité SQLedger. J'ai suivi de près l'usage de trois de ces logiciels chez Koumbit.

  • Le logiciel de gestion de contenus Drupal, qui a commencé à être ajusté en 2001 pour les besoins du CMAQ, est l'un des chevaux de bataille du collectif. Koumbit utilise aujourd'hui principalement cet outil pour créer des sites web dynamiques, permettant une gestion complexe des droits d'accès, mais aussi l'agrégation progressive d'une grande diversité de modules. C'est principalement dans le quotidien des installations et ajustements que sont font la plupart des améliorations. Parce que c'est principalement en contexte d'usage que se font les modifications, les développements effectués correspondent aux besoins personnels et collectifs des travailleur. Ainsi le collectif a notamment oeuvré à la traduction de nombreux modules pour répondre aux besoins souvent multilingues des utilisateurs Montréalais. En se basant sur le savoir-faire technologique, organisationnel et politique acquis par le collectif, certains membres ont commencé à développer un module permettant le vote et la prise de décision en ligne, qui fut baptisé decision.gnuvernment.
  • Le logiciel AlternC qui permet la gestion d'un serveur d'hébergement à des non techniciens. AlternC est l'un des héritier d'Altern, un des premiers hébergeurs français qui s'est notamment fait connaître lors de sa fermeture très controversée alors que le propriétaire a été tenu responsable du contenu hébergé sur son serveur1. Alors que la loi commençait à mieux distinguer hébergeurs et hébergés, des services d'hébergement mutualisé de sites Web (notamment associatifs) ont été proposés par différents collectifs. Ils travaillèrent alors à la mise au point d'un outil baptisé AlternC permettant une gestion autonome des contenus hébegés. En mettant systématiquement AlternC a disposition de ses usagers, Koumbit est aussi devenu très actif dans le développement de l'outil.
  • Afin de réduire le poids de la comptabilité, tâche administrative alors sous payée (2005), et pour faciliter l'écriture des comptes, Koumbit a choisi le logiciel SQL-Ledger qui permettait aux travailleurs d'y entrer un devis ou une facture, mais aussi de visualiser le processus comptable en temps réel. Le logiciel, qui était alors maintenu par une communauté de développeurs très actifs maintenait le développement du logiciel jusqu'à l'hiver 2006-2007 où des désaccords ont commencé à émerger entre certains contributeurs et le développeur en chef du projet, jusqu'à fourcher début 2007. Noyons que le développeur en chef a pour rôle d'orienter le développement, notamment en priorisant, en acceptant ou refusant les améliorations à apporter et que l'ouverture et l'attitude des administrateurs varie d'un projet à l'autre. Dans certains projets, comme la distribution Debian, les développeurs en chef sont élus pour un mandat renouvelable. Il arrive fréquemment que le développeur en chef soit aussi l'initiateur du projet, qu'il dirige à la façon d'un « dictateur bienveillant » (Raymond, 1999, Volle, 2002). Dans tous les projets, les contributeurs sont confrontés à une gouvernance qui conjugue savoir faire technique et compétences politiques. Selon Couture, 2006, p.103 « les embranchements (« fork ») surviennent dans certains projets de logiciels libres lorsqu'une partie de l'équipe se trouve en désaccord avec la position dominante du projet. Les licenses de logiciels libres permettant cette initiative, les participants démissionnaires poursuivent alors de façon distincte le développement du logiciel original, qui pourra progressivement prendre une autonomie propre, voire éventuellement dominer le « marché. » J'ajouterai que ces « forks » semblent souvent perçus comme des événements délicats pour les communautés de développeurs car elles fragmentent les réseaux de collaborations. Enfonçant le pieu du désaccord, l'initiateur et développeur en chef de SQLedger a finalement décidé de changer la licence du projet, retirant ainsi le code à la contribution publique. La nouvelle branche du projet (rebaptisée Ledgersmb) tente désormais de reconstituer une communauté autour du logiciel. Les comptables de Koumbit qui avaient justement développé des applications refusées par le développeur en chef ont pu les faire accepter par la nouvelle communauté.

Nous retiendrons de ces expériences trois points :

  1. 1.C'est dans l'usage que se découvre les besoins et donc que débute la plupart des développements. Les communautés de logiciels libres travaillent souvent pour leurs propres besoins, ou pour ceux des usagers avec qui ils ont un contrat (social ou financier). Les processus organisationnels initiés chez Koumbit ont été mis en place selon une logique similaire, au besoin.
  2. 2.L'ouverture sur les processus de construction des logiciels n'implique pas seulement une lisibilité technique (sous forme de langage de programmation): elle permet également une plus grande lisibilité des luttes qui entourent les choix techniques (et politique). Comme la démontré Stéphane Couture (Couture, 2006), les technologies informatiques portent les traces de ces controverses et luttes politiques.
  3. 3.S'il est possible de faire des dons de code source, ce qui est véritablement valorisé est une contribution, c'est à dire un don utile. L'utilité des contributions est négociée de façon plus ou moins décentralisée selon les modèles décisionnels des communautés. La contribution est ce qui constitue un intérêt pour la communauté. Son intérêt est discuté par les personnes les plus concernées. En se basant sur une connaissance intime et empirique du domaine, ils négocient ce qui lui est utile et valable. De même, dans la production de logiciel libre, mais aussi dans la participation à Koumbit ce sont les contributions qui sont valorisées, c'est à dire ce qui est utile pour le groupe ou la communauté et cette utilité est toujours susceptible d'être discutée. Les modèles fermés réservent généralement cette discussion aux experts légitimés à savoir ce qui est bon pour le projet. Dans les modèles ouverts, ce qui constitue une contribution est négocié par les contributeurs eux même.
  4. Conclusion

    L'observation de Koumbit nous a permis de comprendre la façon dont se construit et se maintien un modèle ouvert. En réalisant une comparaison entre le processus d'organisation du collectif et le processus de production de logiciels libres, nous avons fait émerger que si beaucoup d'initiatives prenaient source dans un intérêt privé, c'est la négociation collective de la valeur des contributions qui assure l'avancée du projet. Dans le cas de Koumbit, la construction des intérêts collectifs se base sur une expérimentation pratique et sur une discussion des choix organisationnels et technologiques. La contribution est donc négociée, argumentée et jugée en connaissance de cause, relativement à un contexte, alors que le don échappe en grande partie à cette évaluation. Loin de refuser l'intérêt du don de proximité notamment comme ciment de lien social, mon hypothèse est que les communautés ouvrant leur processus organisationnels permettent d'inviter le potentiel concerné à comprendre l'intérêt situé et à tenter sa contribution en connaissance de cause. Si cette négociation requiert d'une part des compétences dans le domaine concerné, ainsi que des compétences argumentatives, c'est un choix politique que de favoriser la participation des personnes potentiellement concernées. Ce militantisme réside d'une part dans une résistance à la fermeture de cette négociation, et de l'autre dans un travail visant à améliorer les conditions de participation.

    Références

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Commentaires

Sur le fond et la forme

J'ai quelques commentaires/clarifications/corrections à faire sur l'article.

Le fond de participation

Le "Fond de participation" mentionné dans l'article était en fait connu sous le nom de Part de participation a n'a jamais été appliqué au sein de l'organisation, bien qu'il a été discuté à maintes reprises. La critique principale du système était sa complexité... Un concept qui a été repris de ces discussions, cependant, est le Taux horaire unique qui assure à tous un même salaire horaire peu importe la tâche mandatée. Il faut comprendre que la proposition de part de participation essayait de compenser le fait que certaines tâches n'étaient pas du tout payées alors que présentement, la plupart des tâches effectuées par les permanents sont rémunérées et on vise généralement à rémunérer toutes les tâches mandatées dans l'organisation (et nous avons plus les moyens de le faire).

Le comité de travail

Le comité de travail est un peu plus complexe dans sa structure que le comité rassemblant toutes les personnes offrant du temps de travail pour Koumbit. En effet, il est assez formellement défini, a un nombre de membres fini et comporte des critères d'éligibilité ont toujours (enfin, depuis la journée de réflexion 2005) été définis (critères actuels). De plus, l'admission au comité est soumis à l'approbation unanime des membres en place du comité.

Les comités

La restructuration en comités de Koumbit fut un passage assez complexe et rempli de défis. Suite à la création de ces nombreux comités, nous avons vu l'explosion du nombre de réunion. Au lieu de régler le problème de la "réunionnite", le changement l'a empiré: certaines personnes (comme moi) faisaient alors partie de plusieurs comités (tous sauf un dans mon cas) et ceci amena à une surcharge de travail encore plus grande. De plus, plusieurs comités ont encore de la difficulté à s'auto-organiser (embauche, par exemple, est toujours débordé de tâches à faire et peine à faire le suivi des évaluations des travailleurs et des travailleuses), à trouver des membres (communication publicité est encore au point mort ici), à garder une légitimité dans ses champs de compétences (le comité de travail a plus ou moins volé l'organisation de la journée de réflexion de juillet au comité vie associative, qui manquait également d'implication) ou même à savoir exactement quel est son mandat (celui de Stratégie Drupal a été défini seulement récemment).

Donc bien que la formule est selon moi souhaitable, il faut faire attention aux nombre de comités créés et à clairement identifier leur mandat, leur organisation et leur composition. Certains comités fonctionnent cependant plutôt bien. Le comité financement, par exemple, a des tâches assez précises et des rencontres régulières qui cadrent bien son travail et le fait qu'un permanent (le rôle de Comptabilité, plus précisément) soit relié au comité y est pour beaucoup. Même chose avec le Comité Sysadmin, qui a également l'avantage d'attirer des membres extérieurs au comité de travail.

LedgerSMB vs SQL-Ledger

SQL-Ledger a eu une courte phase où la licence a changé, mais elle est revenue GPL. À noter que les divergences entre les deux projets sont autant techniques (LedgerSMB est en train d'être ré-écrit) que politiques (LedgerSMB laisse l'accès directe au système de révision du contenu et a des systèmes de suivi de bug ouverts sur Sourceforge).

Commentaires sur la forme

  • Les notes de bas de page semble bousillées (e.g. [elle-même] mue par le marché »2)
  • La définition de "process" en informatique sort un peu de nulle part est n'est pas reliée avec les autres de façon significative. En fait, il y a très peu à voir avec un processus (une "tâche" ou un "programme" qui roule) dans un ordinateur et la notion généralement reconnue de "processus".
  • Coquilles: Un problème d'inertie et de concentration des activitést, Noyons que le développeur en chef a ..

Bon article, en général, fort intéressant historiquement et politiquement.

Merci du commentaire, continuez

Je vais attendre que plusieurs personnes réagissent avant de reprendre l'article en suivant vos commentaires. C'est très important pour moi et pour vous je crois, que ce qui va être publié corresponde au mieux à votre regard sur la réalité koumbitienne.

Qq réponses aux commentaires:

Le comité de travail
En effet, je ne me suis pas appuyé sur des documents pour le définir. Je ne comptais alors que le présenter rapidement, mais tu as raison, c'est pas plus formel que ça, surtout maintenant.

Les comités
Je vois que cette analyse est plus proche de la réalité complexe de Koumbit. J'ai aussi conscience que mon analyse est un peu datée et que les choses ont évoluées depuis. Suis-je autorisé à citer ce passage sur les comités ?

processus
Pour l'usage de la notion de processus, je me rends compte, avec le temps, qu'elle est un peu capillo-tractée / tirée par les cheveux. Peut-être que je vais changer de titre et virer cette idée là complétement. Et comme le texte est trop long, ça aiderait peut etre que je vire cela... il va peut-être me falloir trouver une autre analogie entre le logiciel libre et l'organisation koumbitienne...

Les notes de bas de page
Je ne sais pas faire ça sur Drupal. SOS, je veux bien de l'aide, un exemple, un renvoi ?

Comités: oui tu peux me

Comités: oui tu peux me citer.

Processus: je l'enlèverais, effectivement. Il y a plein d'autres analogies entre Koumbit et un logiciel libre.

* Liberté 0: (exécuter le programme, pour tous les usages) Koumbit est un organisme ouvert qui peut être utilisé pour de multiples projets venus de l'extérieur ou de l'intérieur ("pour tous les usages").
* Liberté 1: (étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins) Le "code source" de Koumbit est en majeure partie disponible en ligne (Droits et devoirs, règlements généraux, règlements internes, procès verbaux, procédures et autre docu sur le wiki). Cette documentation est ouverte à tous (ou sinon aux membres).
* Liberté 2: (redistribuer des copies) Par la liberté 1, on veut permettre aux gens de reproduire le modèle de Koumbit dans d'autres domaines (ou dans le même) et étendre le modèle de Koumbit à l'ensemble de la société.
* Liberté 3: (améliorer le programme et de publier vos améliorations) La documentation et les processus organisationnels mentionnés à la liberté 1 sont "adaptables", éditables par la communauté, par l'entremise de propositions lors de réunions ou lors de l'Assemblée Générale.

Pour les notes de bas de page, je sais pas quoi faire non plus... ;)

A little update...

Koumbit has continued to evolve in both organisational and technical aspects. Since the article above relates to Koumbit's empowering use of technology, I thought I'd take a moment to point out three important Drupal-based initiatives that I feel will allow greater participation and empowerment of Koumbit workers.

Consolidating our project management, tracking and reporting tools with Drupal
Drupal is the main tool Koumbit's uses to provide solutions for clients. Moreover, it is also a framework that provides interfaces that allow non-programmers to build dynamic functionality. Therefore the more we use Drupal-based solutions, the more the average Koumbiteer will be able to suggest and implement new features without having to rely on programmers.

Using Drupal's organic groups functionality to manage all the committees
Until now, Koumbit has used the wiki to keep track of committees. Unfortunately, this has made it overly difficult (requiring programmer intervention) to implement automated tracking and reporting features that Koumbit needs (e.g. automated reporting of the sub-committees activities, tasks and discussions to the CT meeting, semi-automated quarterly/annual report generation, budget management, etc.).

We can talk as much as we want in order to come up with the best decisions about what committees should do and how they should be managed, but if we don't have tools that facilitate implementation of these ideas, we won't get very far. Organic groups has some of this built-in, and Drupal provides a realistic framework for the rest.

Hostmaster
Koumbit's development pipeline involves many phases, from sales leads to contract development, through to implementation, billing and inclusion in the portfolio. While attempts have been made to formalise each of these, there is a lot of room left for improvement and, in any case, this knowledge if buried in scattered texts and minutes of meetings. Ultimately, Koumbit needs tools that help us standardise our procedures, automating as many of them as we can along the way.

The Hostmaster project (drupal.org/project/hm) holds the promise of doing this for Koumbit's website production and maintenance pipeline. Drupal installations will have a standardised configurations, backup and restore procedures are automated, "staging" environments for website development will be a click away, etc.

By automating so many of the highly repetitive technical tasks we will make the work more pleasant to do, accessible to more people *and* at the same time we will be freeing up more time to do the creative "value added" work. This is good for both Koumbit's workers and its clients.

Anyway, I just thought I'd throw this out there.

Omar

Chapeau

Merci pour cette clarification et cet historique.
Koumbit est une organisation sortie de la tête de ses travailleurs et non pas d'un de ses travailleurs, le patron. Chapeau a cette expérience qui remet à leur place les prêcheurs d'un patronat et d'une hiérarchie qui ne pourrait exister. Là l'expérience montre le contraire : ça fonctionne et même plutôt efficacement malgré quelques dysfonctionnements. Mais quelle organisation et /ou entreprise n'en a pas?
Relativement à mon expérience avec Koumbit, j'ai eu souvent l'impression d'être face à un "enfant" (par rapport à la jeunesse de l'organisation qui a grandi trop vite. Koumbit montre des signes de maturité évidente dans l'adoption de technologie efficace à son fonctionnement organisationnel. Koumbit assume aussi des valeurs humaines et soutient ces valeurs.
Cependant, malgré l'ouverture évidente caractérisée surtout par l'absence de hiérarchie et l'adoption de technologies libres prônant l'ouverture et autorisant la participation libre, l'ouverture ne me semble pas toujours véritable humainement parlant. J'ai constaté comme une sorte de petit enfermement autour de certaines discussions provenant de membre non-travailleur. Il semble qu'il y a une différence entre le membre travailleur et le membre non-travailleur.
En gros, et là ce n'est que mon opinion, je trouve pas ça facile de s'intégrer à la vie de l'association Koumbit lorsqu'on est des membres non-travailleurs.

J'ai plein de questions sans réponse :
Est ce que c'est par crainte de voir absorber de la nouveauté alors que l'organisation est déjà surchargée de travail?
Peut-être que le manque de participation vient du manque de disponibilité de ceux qui sont le coeur de Koumbit ? Et là ce n'est pas une critique, mais une possible partie de l'explication du manque de participation des membres.
Peut-on demander à des travailleurs de Koumbit d'être en plus disponible pour la vie de l'association?
Est-ce que cela ne peut être qu'une association de travailleur?
Est-ce que ça peut plus qu'une association de travailleur ?
Est-ce que les travailleurs ont envie d'une autre vie de eKoumbit et de s'impliquer dedans?<
Est ce que cette "autre" vie de Koumbit (j'entends là : pas travail) peut se développer sans les travailleurs de Koumbit nécessairement?
Bref...

Pistes de réponses

À noter que je parle ici en mon nom personnel et non au nom du comité de travail. :)

Tout d'abord, je dois reconnaître que oui, c'est pas facile de s'intégrer à Koumbit. Inversement, Koumbit a de la difficulté à aller chercher et garder des nouveaux travailleurs, historiquement, quoique cette tendance s'est un peu retiré dans les derniers mois (principalemnet, selon moi, parce qu'on a de la job à donner au monde). Je crois que c'est assez naturel qu'une organisation axée surtout sur le travail soit difficile à intégrer pour des bénévoles ou des gens désirant autre chose de l'organisation.

De plus, Koumbit a toujours été très "DYI" (Do It Yourself): la porte a toujours été ouverte pour des projets exterieurs, pour des idées nouvelles, mais il faut être prêt à mettre la main à la pâte et ... garder la porte ouverte, prendre sa place. C'est pas toujours évident où se trouve la porte ou comment procéder et nous avons essayé, cette année, avec le budget participatif, de laisser la place aux membres et aux non-travailleurs... C'est souvent bien difficile.

Pour répondre à des questions précises:

En gros, et là ce n'est que mon opinion, je trouve pas ça facile de s'intégrer à la vie de l'association Koumbit lorsqu'on est des membres non-travailleurs.

* Est ce que c'est par crainte de voir absorber de la nouveauté alors que l'organisation est déjà surchargée de travail?

Il y a peut-être un peu de ça: c'est difficile d'aider des nouveaux à s'intégrer quand on a déjà 35h+ de travail à faire dans une semaine. je crois pas que l'inquiétude se trouve autour d'avoir plus de travail à faire autant que l'impossibilité d'en faire d'avantage, au bon moment (nuance importante).

* Peut-être que le manque de participation vient du manque de disponibilité de ceux qui sont le coeur de Koumbit ? Et là ce n'est pas une critique, mais une possible partie de l'explication du manque de participation des membres.

C'est aussi une possibilité. Comme une de ces personnes, je dois dire cependant que j'ai toujours reconnu le travail des nouveaux et essayé d'aider les gens dans les dédales technicos-administratifs de Koumbit au mieux de ma connaissance. Mais souvent, les choses ne sont simplement pas claires, ou pas encore "implémentées". C'est beaucoup moins le cas maintenant, mais je me rappelle une période où des nouveaux arrivaient, me demandaient comment faire X, et j'en avais aucune idée. Le nouveau se retrouvait alors avec la fantastique tâche d'inventer comment faire. Le Guide Du Nouveau Travailleur en est un exemple flagrant: il est presque impossible pour un "ancien" d'écrire ce guide, parce qu'il n'a jamais été "nouveau". C'est donc des "nouveaux" qui ont mis la main à la pâte ici et pour moi ça fait plein de sens.

* Peut-on demander à des travailleurs de Koumbit d'être en plus disponible pour la vie de l'association?

Certainement qu'on peut demander! ;) Comme j'ai déjà mentionné, Koumbit est toujours ouvert aux propositions, mais il faut que ça soit suffisamment concret pour qu'on puisse prendre action.

* Est-ce que cela ne peut être qu'une association de travailleur?
* Est-ce que ça peut plus qu'une association de travailleur ?

J'ai été longtemps assez virulent sur ce point. J'ai longtemps cru que Koumbit devait refondre le membership et oui, devenir une association de travailleurs. C'était d'ailleurs une des idées fondatrice de Koumbit. Nous avons eu de longues discussions au début de l'organisation sur l'idée d'une coopérative de travail vs l'OSBL. Nous avons choisi de créer l'OSBL pour des raisons techniques, principalement (c'est plus simple à fabriquer), mais aussi parce que ça permettait beaucoup de flexibilité sur la structure de l'organisation et permettait la participation externe (les membres). Nous en sommes restés là pour un an ou deux, puis des discussions sur la coopérative sont revenus (les fanatiques de procès verbaux peuvent chercher pour "orange seeds" dans le wiki). Discussions encore une fois houleuses et très controversées, l'idée était alors de créer un "sous-koumbit", un "branding" des travailleurs pour aller chercher des contrats plus "high profile" et parfois plus lucratif et commencer à créer la coopérative de travail à proprement parler qu'on avant déjà prévu de faire au début et tabletté, finalement.

Tout ça pour dire que j'ai souvent été découragé par le manque d'implication et de communication entre les membres et le comité de travail. Ma réaction, assez radicale, a été de proposer la refonte de l'assemblée générale: le concept de membres serait revu. Le membre serait une personne intéressée à travailler au sein de l'organisation (ou un ancien travailleur), un pigiste. Ça serait un état transitoire entre "l'extérieur" et le comité de travail. Et en tant que tel, le cheminement pour les nouveaux travailleurs serait de beaucoup clarifié. L'organisation serait plus solide et compacte, plus cohérente. De cette façon, Koumbit deviendrait de facto une coopérative de travail. La place de "l'extérieur" dans l'organisation devrait alors être assurée par un autre organisme, un autre OSBL avec lequel Koumbit serait en contact continu. Cet OSBL, d'ailleurs, pourrait centraliser les services d'hébergement et de sysadmin, qui sont foncièrement différents de ceux du développement web.

Cette voie a été accueillie assez froidement par les membres du CA et du CT et je pense être pas mal le seul à tenir à cette idée. Je commence aussi à croire qu'il y a quelquechose à faire avec ces 70 membres qu'on entend jamais parler... Ce site web, les 5@7 et le comité vie associative relèvent pour moi des espoirs que nous allons pouvoir animer cette force incroyable et grossir Koumbit passé le simple collectif de travailleur qu'il est présentement. Qui sait ce que ça va donner?

* Est-ce que les travailleurs ont envie d'une autre vie de eKoumbit et de s'impliquer dedans?

Je crois que les "travailleurs" de Koumbit viennent chez Koumbit avant tout pour travailler. Travailler dans un projet intéressant et socialement acceptable, contrôler ses conditions de travail, certe, mais au bout du compte, quand ça fait un an que tu travailles 35h/semaine, Koumbit, c'est une job, veut-veut pas. J'aimerais bien voir quelquechose de plus sortir de tout ça, surtout au niveau politique, mais j'ai toujours peur de faire un overdose.. ;)

* Est ce que cette "autre" vie de Koumbit (j'entends là : pas travail) peut se développer sans les travailleurs de Koumbit nécessairement?

Ça je crois que c'Est parfaitement possible. L'espace est grand ouvert au comité vie associative afin de développer ces initiatives. Nous avons un espace, nous avons des budgets, nous avons même du personnel pour monter des projets. Il suffit de l'écrire, le projet.

Merci Antoine

Même si ce n'est que ta perception personnelle, tes réponses sont particulièrement éclairantes. Bref, je comprends mieux, je situe mieux les "membres" dans tout ça.
Bref, merci!

En passant, désolée de ne pouvoir venir encore ce soir. Mais le coup de la projection me semble une très bonne initiative.

À plus
Aline

Koumbit évolue... constamment

J'ai bien aimé ton article Anne. Et les commentaires qui suvient montrent bien, que n'importe quand et n'importe quoi qu'on publie sur la vie de Koumbit, sera daté. C'est inevitable à cause de sa évolution dynamique et constante. J'ai trouvé les mêmes difficultés dans l'article sur les rapports de genre, où, à plusieurs réprises, j'ai utilisé des données du même rapport, écrit il y a trois ans. Cependant, je vois un tel article comme une possibilité de prendre des situations comme sur une photo - dans le moment précis, et pas dans le passé, ni dans le future. Il faudra le voir plutôt comme un souvenir historique, et pas comme une reproche. C'est pour nous souvenir de tous ces changements vers l'amélioration. Bravo encore.

Article éclairant

Merci Anne pour cet article éclairant.
En tant que membre travailleur récent (maintenant 1 an), je trouve très intéressant d'avoir un historique et contexte relatif à la création des rôles au sein de Koumbit, de la recherche relative au "Job Balanced Complex" et de la création des comités.

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